Oni : contes et histoires de démons japonais


Le Oni est un personnage récurrent dans le folklore japonais. Parfois protecteur d’un empereur ou d’une divinité, parfois plus sanguinaire que le pire des guerriers, l’image du Oni est présente au Japon depuis des centaines d’années.

Ce démon effrayant agit généralement la nuit. Il peut être nécrophage, anthropophage, sadique, immoral, etc. Mais derrière n’importe quelle créature du folklore japonais se trouve une morale ou un sens bien spécifique.

C’est notamment le cas quand le Oni est utilisé par des parents pour s’assurer que leur enfant soit sage. D’ailleurs, le Oni permet de décourager les vilains garnements qui oseraient fuguer, mentir ou échapper à la surveillance de leurs parents.

Beaucoup d’histoires de Oni sont concentrées autour de fêtes religieuses (Setsubun, O-Bon Matsuri, …), mais pas que ! Les démons sont aussi présents dans les montagnes et dans les forêts, en vue de dévorer leurs proies humaines ou animales.

Toutes les histoires de cet article forment un extrait du livre "Les Oni, histoires de démons japonais", afin d'être le plus transparent avec vous sur son contenu.

Cet article a donc pour vocation de vous parler démons japonais et de vous faire découvrir des livres associés :

Histoires de Oni, les horribles démons du Japon.

Questions sur les Oni

A venir !

La chaleureuse Akki 悪鬼

Apparition du démon : Préfecture de Fukushima 福島県

Lors d'une nuit froide et hivernale, un moine s'est perdu en plein milieu d'une forêt sombre, ténébreuse et angoissante. Le bruit des branches qui craquent et les animaux qui fourmillent au sol n'arrangeaient rien à sa frayeur.

Au bout de quelques heures de marche, une lumière pouvait être aperçue. C’était une véritable lueur d’espoir pour le moine.

"Une maison ! Un foyer chaud et sécuritaire pour passer la nuit !", Pensa-t-il.

En arrivant devant la maison, une vieille femme le regardait fixement. Elle était hideuse, repoussante et elle tenait dans ses mains diverses plantes. Elle les avait sûrement récoltées avant l'arrivée du moine.

"Entre ici, voyageur ! Cette maison est la tienne pour cette nuit. Tu dormiras dans la pièce de gauche. Mais n'entre pas dans l'autre pièce, à droite ! Je te l'interdis.", Avait-elle dit.

Le moine était bien trop curieux pour suivre les consignes de la vieille dame et dans la nuit, il ouvrit la porte de l'autre chambre. Quelques rayons de la lune laissaient entrevoir les rares meubles longer les murs. La poussière semblait en apesanteur et le calme était absolu.

En faisant quelques pas, il brisa le silence car il trébucha sur un objet... C'était un os ! Un os humain !

"Je t'avais prévenu, maudit voyageur ! Tu seras mon diner de demain, je te farcirai avec les herbes que j'ai récoltées !", S'exclama-t-elle, puis elle se transforma en un monstre ignoble.

Le prêtre comprit alors que la vieille femme était en fait Akki, une démoniaque Oni qui l'aurait mangé quoi qu'il arrive.

Le moine posa ses deux genoux au sol, puis il commença à prier Bouddha pour son propre salut et pour tuer Akki. Un instant plus tard, la démone Akki criait et se tordait de douleur ! Puis elle s'écroula par terre. Akki n’était plus et le moine était sauvé.

On dit que le moine a recouvert le corps de la démone Akki avec de la terre, dans son propre jardin. On appelle cet endroit le "monticule noir".

Hachimen Daiō, le démon aux 8 visages 八面大王

Apparition du démon : Préfecture de Nagano 長野県

Il y a longtemps, un homme nommé Yazaemon vivait une vie paisible avec sa femme et son fils Yasuke. Mais un jour, un vilain démon à 8 visages attrapa le père et il l'emmena loin avec lui ! La mère éleva l'enfant seule, dans une tristesse éternelle, sans ne jamais plus parler de son époux kidnappé.

L'histoire continue quelques années plus tard. Le jeune garçon était devenu un beau jeune homme qui aimait gravir les montagnes. Un matin d'été, il entendit un oiseau crier de désarroi tout en haut d'une colline. Il s'empressa d'aller aider l'oiseau, qui s'envola ensuite en un instant.

3 jours plus tard, Yasuke avait trouvé l'amour et il épousa la jeune femme éperdument amoureuse de lui. Ils se marièrent ensemble, mais à la fin de la cérémonie le Oni aux 8 visages vint le voir pour lui dire :

"Profite de tes prochains jours pour concevoir un enfant avec ta nouvelle épouse. Je reviendrai te chercher et tu seras à moi ! Comme ton père, ton futur fils et comme le reste de ta descendance."

Mais Yasuke ne se laissa pas abattre. Celui qui lui avait volé son père ne lui volera pas la vie ! Il laissa sa femme et il partit à la recherche d'une solution.

En arrivant dans un temple dédié à la divinité Kannon (Boddhisattva dédié à la compassion), un prêtre trouva une solution à son malheur :

"Pour vaincre ce démon, il n'y a qu'une chose à faire : lui tirer une flèche en plein cœur. Mais cette flèche est particulière. Les plumes utilisées pour la concevoir doivent provenir d'un oiseau rare dans nos montagnes. Il est majestueux mais jamais tu n'arriveras à l'attraper."

L'oiseau dont parlait le prêtre était en fait celui qu'il avait sauvé quelques temps auparavant. Le voir une fois était une chance, mais le voir deux fois serait un miracle.

Il rentra chez lui, presque résigné, et il expliqua à sa femme qu'il devait retrouver cet oiseau mystique. Un instant plus tard, elle se métamorphosa en l'oiseau lui-même… Car l’oiseau, c’était elle ! Elle l'avait épousé pour veiller sur lui et pour assurer sa protection quotidiennement. Elle arracha plusieurs plumes de sa queue et elle les offrit à Yasuke avant de lui dire :

"Prépare ta flèche, te voilà maître de ton destin. Quand le grand roi aux 8 visages viendra, utilise-la pour transpercer son cœur".

Quand le démon Hachimen Daiō se manifesta, Yasuke était prêt. Il utilisa son arc et sa flèche contre le démon, qui mourut dans la douleur. Le démon était vaincu et Yasuke pouvait vivre son amour avec sa femme-oiseau.


Note de l’auteur : il existe dans la mythologie japonaise des créatures célestes, des nymphes, capables de se transformer en de magnifiques cygnes. Grâce à ces êtres mystiques, vous pourriez devenir chanceux ou espérer devenir riche. Il est possible que l’oiseau de cette histoire soit inspiré de ces nymphes à la beauté innocente et aux plumes ravissantes. Pour en apprendre plus sur ce sujet, je vous invite à lire mon « Dictionnaire des dieux japonais » qui comporte plusieurs histoires dont elles sont les héroïnes. Bonne lecture !

Les démons de Saku

Apparition du Oni : Préfecture de Nagano 長野県

Vous connaissez le Setsubun ? Il s'agit d'un Matsuri traditionnel durant lequel on fête l'arrivée du printemps. La coutume veut qu'on lance des haricots rouges à terre pour faire fuir les démons.

Bien que tout le Japon célèbre cette fête de cette manière, le village de Saku fait exception à la règle à cause d'une anecdote toute particulière :

Il y a longtemps, une épidémie faisait rage au village de Saku. La mort était omniprésente et personne ne savait quoi faire. Les prières se répétaient de jour en jour pour le salut de chacun, mais le nombre de morts ne faisait qu'augmenter.

Le chef du village était si désespéré qu'il abandonna sa maison pour la transformer en une auberge aux démons. Cette idée n’était pas bien vue, mais le nombre de décès diminua drastiquement et la vie put reprendre.

Les Oni sont devenus les protecteurs du village et, ensemble, ils ont repoussé l'épidémie.

Depuis ce temps-là, on dit que le chef du village doit accueillir les démons chez lui chaque année, lors du Setsubun, en ouvrant ses Shoji (portes coulissantes japonaises). Personne ne lance de haricots rouges au sol ! Sinon les Oni s'en vont et la protection prend fin.


Note de l'auteur : Vous remarquerez que, tout au long de ce livre, la relation entre les haricots rouges et les Oni dépend des coutumes locales et des petites histoires régionales. Tout cela apporte de la richesse au Setsubun et à l'utilité du conte dans le folklore japonais, ainsi qu'une certaine légitimité de la religion au Japon (qu'on parle du Shintoïsme ou du Bouddhisme).

Adachi ga Hara no Onibaba 安達が原の鬼婆

Apparition du démon : Préfecture de Fukushima 福島県

Dans la ville de Nihonmatsu, on racontait une histoire effrayante aux enfants :

Il existait une maison en pierre à Adachi ga Hara. Les champs aux alentours étaient humides et sans vie car une brume épaisse s'était installée entre le ciel et la terre. Les cadavres et les squelettes jonchaient le sol et une odeur nauséabonde avait envahi les lieux.

Dans cette maison vétuste vivait une sorcière maléfique ("Onibaba" en Japonais). Les enfants ne s'aventuraient jamais près de chez elle car on dit qu'elle dévorait tous ceux qu'elle rencontrait.

Un jour, des moines en pèlerinage se sont perdus dans les champs d'Adachi ga Hara. Dans la pénombre, une silhouette était visible... C'était la sorcière !

Les moines ont alors prié et lu des sutras toute la nuit pour se protéger de la sorcière. Le lendemain matin, la lumière perça la brume et l’épaisse couche nuageuse se volatilisa. La sorcière était immobile, là, devant eux. Son corps gisait sur le sol, comme de nombreux cadavres d'enfants et de soldats à moitié dévorés. L'Onibaba n'était plus, les dieux l'avaient vaincue.

Gare aux enfants qui se perdent la forêt, car même si Adachi ga Hara no Onibaba n’existe plus il y aura toujours une sorcière pour vouloir les manger...!

Le feu des cimetières

Apparition du démon : Préfecture d'Akita 秋田県

A Senboku, on peut apercevoir des démons dans les cimetières. On dit qu'ils sont généralement bleus, qu'ils se déplacent toujours à plusieurs et qu'ils sont là pour déguster quelques cadavres.

Si l'un d'eux commence à rougir au niveau de la bouche ou des yeux, cachez-vous ! Ce n'est pas du sang qui lui monte à la tête... Mais du gaz ! Un gaz inflammable qui devient du feu une fois qu'il ouvre la bouche ou qu'il écarquille les yeux.

Mais pourquoi du feu me demanderez-vous ? C'est pourtant simple : de la viande, une petite flamme, deux ou trois amis ... Ça ne vous arrive jamais à vous de faire un barbecue un soir d'été ?

Entre démons, une petite côtelette ça ne se refuse pas !

Les masques du Matsuri

Apparition : Région de Kyoto 京都府

A Kyoto, une fête traditionnelle ("Matsuri" en Japonais) permettait de vénérer la divinité chinoise Matarajin. On pense qu’elle est apparue vers le IXème siècle de notre ère, grâce au moine Ennin de l’école Tendai.

Durant ce festival, se déroulant la nuit du 12 octobre et appelé Ushi Matsuri, la divinité était accompagnée de 4 démons ("oni") : 2 rouges et 2 bleus. On dit qu'elle est la gardienne des sutras du dieu Amida (Bouddha).

Au Koryū-ji, temple de Kyoto, on accroche encore parfois 5 masques en papier à l'effigie des 5 personnages en question. Cela permet d'éloigner les mauvais esprits et les maladies.

Histoires de Oni, les horribles démons du Japon.

Questions sur les Oni

A venir !

Cet article a été rédigé par Kévin TEMBOURET le 03/01/2021 et il s'agit d'un contenu original, tiré du livre "Les Oni, histoires de démons japonais". Merci de respecter le travail réalisé et les droits d'auteur.

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